En mer, il n’y a pas que la plaisance!
La guerre était terminée, et la France se remettait au travail avec des moyens limités.. Bref, que faire avec son bac en poche en 1949 et que l’on habitait le Far-Ouest (plus loin que Quimper). Une année de «Prépa» à Jean Baptiste Say à Paris devait apporter des solutions vers de nombreuses carrières. C’est ainsi que le concours de la Marine Marchande m’a fait entrer à l’école de Paris. Celle-ci était installée Avenue Foch (s’il vous plait) dans un immense hôtel particulier appartenant au Roi du sucre «Le Baudy». C’était somptueux: bel escalier et salles de cours installées dans des salons des différents étages. Bref la décoration était telle , que souvent je décrochais du tableau noir pour admirer les merveilleuses peinture du plafond.
Cela n’a duré qu’un temps et il a fallu très vite envisager d’effectuer des stages à bord des bateaux marchands puisque tel était le but . Les Armateurs d’ailleurs nous attendaient à la porte de l’école pour nous offrir des contrats, et ainsi nous rémunérer pendant les 3 années de cours. C’est ainsi que je me suis retrouvé sous la bannière de la Standard Oil de New-Jersey, plus communément connue sous le nom de « ESSO Française »: cela a duré 20 ans !!! 1951à1971.
Pour redémarrer ses activités pétrolières, ESSO avait récupéré de vieux pétroliers allemands ou italiens .C’est avec ces engins à bout de souffle, destinés à la Mer du Nord ou à la Baltique, que nous partions gaillardement au Golfe Persique, par le Canal de Suez et la Mer Rouge; les 2 coins les plus chauds du globe. Tout cela sans aucune ventilation mécanique, que ce soit dans les locaux d’habitation , ou le local machine. Pendant un mois, de Suez à Suez, nous dormions dehors sur le pont, sur un lit de camp américain que nous trainions dans le meilleur endroit ventilé. Pour comble ces bateaux disposaient de très peu d’eau douce, et les douches étaient à l’eau de mer!!! Le savon n’était pas adapté.
Il a fallu des retards à l’appareillage pour que l’armateur accepte, d’embarquer davantage d’eau douce pour l’équipage et modifier les installations.
Nous n’étions pas là pour faire voyager de l’eau, c’était autant de pétrole en moins d’embarqué.

Et puis nous avons reçu 3 merveilleux « T2 américains » construits pour ravitailler l’Europe, et peut-être ne jamais finir le premier voyage (coulés). Ces bateaux ont contribué à développer le transport pétrolier d’une façon extraordinaire. D’une technologie nouvelle (propulsion électrique) et d’un confort remarquable. Ils ont changé la vie du marin. C’est là que nous avons découvert les premières machines à laver le linge, à batteur alternatif qui malmenaient pas mal le linge mais « lavaient propre ». L’essorage se faisait à travers 2 cylindres actionnés par une manivelle. Pour essorer c’était parfait, nous n’avions pas le même équipement que les Américains: Tee-shirts et blue-jeans à fermeture éclair, nos boutons de braguette ne résistaient pas à cet équipement et la guerre des boutons était une réalité!
Dès 1955 les Chantiers de l’Atlantique Se sont lancés dans un vaste programme de construction de tankers toujours plus gros, plus puissants, plus sécurisés, plus confortables etc..
Nous y avons vécu des années à bord avec de bons équipages bien formés, brevetés, compétents, il y avait une telle solidarité qu’au moindre incident mécanique important, tout l’équipage descendait à la machine pour prêter main forte à l’équipe de quart.. En dehors de cela les tournois de Ping-pong, de Belote ou de Coinchée animaient le bord, car les traversées étaient souvent bien longues: Rotterdam– Ras tanura (Golfe Persique) avec retour Stockholm = 2 mois1/2 à 17 nœuds de moyenne (par le Cap de Bonne Espérance).
Il faut reconnaître que dès 1960 la France , par ses armateurs et par ses constructeurs, a été à la pointe du progrès, et donc l’un des éléments moteurs d’une évolution qui fut une réponse aux besoins de l’intérêt général. Mais il est arrivé un moment où l’ensemble de la flotte pétrolière européenne est devenue excédentaire et dès 1965 nous avons connu la mondialisation . Les plus grosses unités sur lesquelles j’étais embarqué ne revenaient plus en France. C’était Bombay Tokyo– Rio-New-York etc .Embarquement et retour par avion En 1971 j’ai quitté l’ESSO PARIS, tanker de 323m de long, 48 m de large, tirant d’eau 20 mètres, et transportant 250 000 Tonnes de brut. Des vélos faisaient partie de l’équipement normal du bord tant les distancesà inspecter étaient grandes . A 29 ans, ESSO me nommait Chief Engineer sur l’Esso Lorraine de 48000 T et après 11 ans de cette fonction, il était temps à 40 ans de me reconvertir à terre et de vivre une vie familiale plus conventionnelle.Je n’ai pas connu l’époque du gigantisme envisagé par SHELL et ELF. Et maintenant …. ALDOCRI mon petit Grand-Bank 10m79 de long 4m10 de large suffit grandement à mon bonheur..et à celui de mon équipière . Mais parfois nous faisons appel, à nos âges, à des intérimaires!!!.
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